Tester l’accessibilité d’une app : lecteur d’écran et WCAG

TalkBack, VoiceOver, contraste, texte agrandi et clavier. La méthode pas à pas pour tester l’accessibilité d’une app selon WCAG 2.2 et rapporter ses défauts.

Sommaire

Fermez les yeux, puis essayez d’acheter un forfait internet sur votre téléphone. Impossible ? Pour une personne aveugle, c’est pourtant un geste ordinaire : son téléphone lit l’écran à voix haute et elle navigue du doigt, élément par élément. À une condition : que l’app ait été pensée, et testée, pour cela. Un seul bouton sans nom, et le parcours s’arrête net.

L’Organisation mondiale de la santé estime que 1,3 milliard de personnes vivent avec un handicap important, soit environ une personne sur six. Ce ne sont pas des cas rares : ce sont des clients, des élèves, des patients, des parents.

Cet article vous apprend à tester une app avec TalkBack et VoiceOver, à vérifier le contraste, la taille des cibles, le texte agrandi et la navigation au clavier, puis à rapporter un défaut d’accessibilité avec le bon critère WCAG.

Pourquoi l’accessibilité concerne bien plus de monde qu’on ne le croit

L’accessibilité, c’est la possibilité pour chacun d’utiliser l’app, quelles que soient ses capacités. Elle concerne quatre groupes, et vous appartiendrez un jour à l’un d’eux :

  • Les handicaps durables : cécité, basse vision, daltonisme, surdité, tremblements, usage d’un seul doigt, dyslexie, troubles de l’attention.
  • Les situations temporaires : un bras dans le plâtre après une chute de moto, des lunettes cassées, une opération de l’œil.
  • Les situations du moment : le soleil de midi sur l’écran au marché, un taxi bruyant où l’on n’entend pas la vidéo, un enfant dans un bras et le téléphone dans l’autre main.
  • Le vieillissement : vos parents qui règlent la taille du texte au maximum et touchent l’écran avec moins de précision.

Ce que vous corrigez pour les uns profite à tous. Un bon contraste se lit mieux en plein soleil ; un gros bouton se touche mieux dans un bus qui secoue.

Le droit s’en mêle aussi. Dans l’Union européenne, l’Acte européen sur l’accessibilité (directive 2019/882) s’applique depuis le 28 juin 2025 à de nombreux produits et services, dont le commerce en ligne, les services bancaires, les livres numériques et le transport de voyageurs. Une app africaine qui vend aussi en Europe peut donc être concernée. Ailleurs, les règles varient d’un pays à l’autre : si votre app vise un marché précis, faites vérifier ses obligations par un juriste plutôt que de supposer qu’il n’y en a aucune.

WCAG 2.2 en clair : quatre principes, trois niveaux

Définition

WCAG (Web Content Accessibility Guidelines) : les règles d’accessibilité publiées par le W3C, l’organisme qui définit les standards du web. La version 2.2 est une Recommandation du W3C depuis octobre 2023, mise à jour en décembre 2024. Écrites pour le web, ses exigences servent aussi de référence pour les apps mobiles.

WCAG range 13 règles sous quatre principes. Chaque règle se décline en critères de succès vérifiables, numérotés (par exemple 1.4.3) et classés en trois niveaux : A (le minimum), AA et AAA (le plus exigeant). La plupart des projets visent le niveau AA, qui inclut le niveau A.

Le tableau suivant traduit les quatre principes en questions de testeur, avec un défaut typique sur mobile.

PrincipeLa question à se poserDéfaut typique
PerceptibleChacun peut-il percevoir l’information, par la vue, l’ouïe ou le toucher ?Une icône « panier » sans nom pour le lecteur d’écran
UtilisableChacun peut-il actionner chaque commande ?Une croix de fermeture minuscule, impossible à toucher du premier coup
CompréhensibleLe contenu et le fonctionnement sont-ils clairs et prévisibles ?Un message « Erreur 422 » qui ne dit pas quel champ corriger
RobusteL’app fonctionne-t-elle avec les technologies d’assistance ?Un bouton maison que le lecteur d’écran annonce comme du simple texte

La version 2.2 ajoute neuf critères, dont la taille minimale des cibles, le focus qui ne doit pas être masqué et une connexion sans énigme à résoudre. Elle retire un ancien critère devenu obsolète, 4.1.1.

Comment tester avec un lecteur d’écran : TalkBack et VoiceOver pas à pas

Définition

Lecteur d’écran : un logiciel qui lit à voix haute ce qui est affiché et permet de piloter le téléphone par gestes. Android intègre TalkBack, l’iPhone intègre VoiceOver. Pour le lecteur d’écran, un élément sans nom n’existe tout simplement pas.

Activer TalkBack sur Android

Ouvrez Paramètres > Accessibilité > TalkBack, puis activez Utiliser TalkBack. Si le raccourci est configuré, maintenir enfoncées les deux touches de volume pendant quelques secondes active ou désactive TalkBack.

Activer VoiceOver sur iPhone

Ouvrez Réglages > Accessibilité > VoiceOver, ou demandez à Siri « Active VoiceOver ». Le raccourci d’accessibilité, une fois configuré, permet aussi de l’allumer et de l’éteindre. Les réglages de VoiceOver proposent une zone d’entraînement pour essayer les gestes sans rien déclencher.

Attention

Apprenez à désactiver le lecteur d’écran avant de l’activer. Une fois allumé, un simple appui ne fait plus que sélectionner un élément : il faut toucher deux fois pour l’activer. Sans le raccourci, beaucoup de débutants restent coincés.

Les gestes essentiels

Ce tableau compare les gestes de base des deux lecteurs d’écran.

ActionTalkBackVoiceOver
Élément suivant / précédentBalayer vers la droite / la gaucheBalayer vers la droite / la gauche
Activer l’élément sélectionnéToucher deux foisToucher deux fois
Faire défilerBalayer avec deux doigtsBalayer avec trois doigts
Revenir en arrièreGlisser vers le bas puis vers la gaucheZigzag en « Z » avec deux doigts
Lire tout l’écran depuis le hautMenu TalkBack (toucher avec trois doigts)Balayer vers le haut avec deux doigts

Le protocole en six étapes

  1. Parcourez chaque écran élément par élément, du haut vers le bas, en balayant. Notez ce que vous entendez.
  2. Vérifiez les noms. Chaque élément interactif doit avoir un nom clair : « Payer 5 000 FCFA », pas « Bouton », « Image » ou « ic_pay_24 ».
  3. Vérifiez les rôles et les états : « bouton », « case cochée », « désactivé », « onglet 2 sur 4 ».
  4. Vérifiez l’ordre : la lecture suit-elle la logique de l’écran ? Les images purement décoratives sont-elles ignorées ?
  5. Faites le parcours principal sans regarder. Sur iPhone, le rideau d’écran (toucher trois fois avec trois doigts) éteint l’affichage tout en laissant l’écran actif : vous êtes dans les conditions d’un utilisateur aveugle.
  6. Écoutez les changements : un message d’erreur est-il lu ? Quand une fenêtre s’ouvre, la sélection va-t-elle dedans ? Entend-on la fin d’un chargement ?

Exemple

Dans une app de transfert d’argent, le clavier du code secret est dessiné avec des images. TalkBack annonce « Image, image, image ». Un utilisateur aveugle ne peut ni saisir son code, ni payer, ni même savoir où il se trouve. Le correctif est simple : donner un nom à chaque touche (« 1 », « 2 », « Effacer »). Le défaut, lui, est bloquant.

Contraste, cibles, texte agrandi : les vérifications visuelles

Le contraste. Le texte doit atteindre un rapport de contraste de 4,5:1 avec son fond, ou 3:1 s’il est grand, c’est-à-dire au moins 18 points, ou 14 points en gras (critère 1.4.3, niveau AA). Les bordures de champs, les icônes seules et les indicateurs d’état doivent atteindre 3:1 (1.4.11). Sur Android, l’application Accessibility Scanner signale les contrastes insuffisants ; sur le web, un vérificateur de contraste fait le même travail.

La couleur seule. Un champ en erreur signalé uniquement par une bordure rouge échappe à une personne daltonienne. Ajoutez une icône ou un texte (1.4.1, niveau A).

Les cibles tactiles. WCAG 2.2 demande au moins 24 × 24 pixels CSS par cible, ou assez d’espace autour (2.5.8, AA) ; le niveau AAA monte à 44 × 44. Android recommande au moins 48 × 48 dp. Testez au pouce, sur le plus petit téléphone : les petites croix, les liens collés les uns aux autres, les cases à cocher minuscules.

Le texte agrandi. Le texte doit pouvoir grossir jusqu’à 200 % sans perte de contenu ni de fonction (1.4.4, AA). Réglez la taille du texte du téléphone au maximum : sur iPhone, dans Réglages > Accessibilité > Affichage et taille du texte > Police plus grande ; sur Android, dans les paramètres d’affichage ou d’accessibilité, selon les marques. Cherchez les textes coupés (« Confir… »), superposés, les boutons poussés hors de l’écran et, pire, les textes qui ne grossissent pas du tout.

L’adaptation à l’écran. Sur le web, le contenu doit rester utilisable sur 320 pixels CSS de large sans défilement horizontal (1.4.10, AA), ce qui correspond à un zoom de 400 % sur un écran de 1 280 pixels.

L’orientation. L’app ne doit pas imposer le mode portrait ou paysage, sauf si c’est indispensable (1.3.4, AA). Pensez à la personne dont le téléphone est fixé sur un fauteuil roulant.

Comment tester la navigation au clavier sur le web

Le test le plus rapide de l’accessibilité web tient en un geste : rangez la souris. Utilisez seulement Tab et Maj + Tab pour avancer et reculer, Entrée et Espace pour activer, les flèches dans les menus et Échap pour fermer. Vérifiez que :

  • tout ce qui se clique peut aussi s’atteindre et s’utiliser au clavier (2.1.1, A) ;
  • vous pouvez toujours sortir d’une fenêtre ou d’un menu, sans piège (2.1.2, A) ;
  • l’ordre de déplacement suit la logique de la page (2.4.3, A) ;
  • l’élément sélectionné est toujours entouré d’un indicateur visible (2.4.7, AA) ;
  • cet élément n’est jamais caché sous un bandeau collant, une bannière de cookies ou une bulle de discussion (2.4.11, AA, nouveau dans la version 2.2) ;
  • un lien permet de sauter le menu répété pour aller au contenu principal (2.4.1, A).

Astuce

Les outils automatiques, comme Accessibility Scanner ou l’audit d’accessibilité de Lighthouse, trouvent vite certains défauts, mais ils ne peuvent pas juger si un nom a du sens : « Bouton 1 » passe leurs contrôles. Combinez-les toujours avec les tests manuels.

Votre liste de contrôle d’accessibilité en 19 points

Voici la liste à dérouler sur chaque écran important, avec le numéro du critère WCAG correspondant.

Comment rapporter un défaut d’accessibilité

Un défaut d’accessibilité se rapporte comme un autre bug, avec trois informations en plus : la technologie d’assistance utilisée, ce que vous avez entendu mot pour mot, et le critère WCAG concerné. Voici un modèle.

Titre : TalkBack annonce « Image » sur les touches du code secret (paiement impossible)
Contexte : Android 15, TalkBack activé, taille de police par défaut
Étapes : 1. Ouvrir « Envoyer de l'argent »  2. Saisir le montant  3. Arriver au code secret
Entendu : « Image, image, image » pour chaque touche
Attendu : « 1 », « 2 », « 3 »… et « Effacer »
Critère : WCAG 2.2, 4.1.2 Nom, rôle et valeur (niveau A)
Impact : bloquant, un utilisateur de lecteur d'écran ne peut pas payer
Suggestion : donner un nom accessible à chaque touche

Classez la gravité selon l’impact réel : un défaut qui empêche un utilisateur de lecteur d’écran de payer est aussi grave, pour lui, qu’un plantage. Pour tout le reste de la rédaction, appuyez-vous sur le guide du rapport de bug efficace.

Une heure d’entraînement ne fait pas de vous un utilisateur expert de TalkBack. Dès que possible, organisez un test utilisateur avec des personnes qui se servent d’un lecteur d’écran au quotidien : elles trouveront ce qu’aucune liste ne prévoit. Et si vous voulez faire de ces vérifications votre métier, commencez par devenir testeur.

À retenir

  • L’accessibilité concerne les handicaps durables, mais aussi les situations temporaires, le plein soleil et le vieillissement.
  • WCAG 2.2 repose sur quatre principes : perceptible, utilisable, compréhensible, robuste. La plupart des projets visent le niveau AA.
  • Le test au lecteur d’écran vérifie les noms, les rôles, l’ordre et les annonces, sur le parcours complet.
  • Contraste, taille des cibles, texte agrandi et clavier se testent en quelques minutes, sans outil payant.
  • Un bon rapport cite ce que vous avez entendu, le critère WCAG et l’impact réel pour l’utilisateur.

Pour aller plus loin

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L’auteur

Donchi

Donchi écrit les guides de l’Académie GeekTest, l’espace d’apprentissage de la plateforme de testeurs de Geek Institut : des conseils concrets pour sortir des applications fiables et faciles à utiliser, et pour progresser comme testeur.

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